Quelques généralités 


  • Un peu d’histoire sur l’origine des variétés de myrtilliers
  • Quelles variétés pour quelles zones géographiques ?
  • Conseils pour planter
  • Sources et références

Un peu d’histoire sur l’origine des variétés de myrtilliers

La famille des Ericaceae regroupe entre autres « Arbousier », « Pieris », « Rhododendron », « Callune » mais aussi le genre Vaccinium qui nous intéresse ici et dont le nombre de variétés est estimé entre 150 et 450. Il est largement répandu dans le monde depuis l’Himalaya à la Nouvelle-Guinée jusqu’aux régions Andines de l’Amérique du Sud, qui seraient leur aire d’origine.

En Amérique du Nord, Les baies sauvages issues du genre Vaccinium étaient cueillies de tout temps par les Indiens. Mais le pionnier dans la domestication du NHB (Northern Highbush Blueberry) désigné alors comme Vaccinium Corymbosum L. (nomenclature binominale Linné), fut Fredrick Coville.

Dès 1908, au sein du « United States Department of Agriculture » (USDA), il détermine ses besoins fondamentaux, initie sa propagation par bouturage et hybridation. Il mettra en culture jusqu’à sa disparition, plus de 68000 semis issus de croisements. Dans l’année 1911, le cultivar baptisé « Rubel », sélectionné depuis une variété sauvage, est l’un des plus hauts ascendants pour de nombreux croisements dans l’arborescence phénotypique. Son patrimoine génétique distribue encore largement aujourd’hui, les variétés ‘Jersey’ (1916 ; année d’hybridation – 1928 ; année d’introduction), ‘Bluecrop’ (1934-1952), ‘Blueray’ (1934-1955) Atlantic (1925-1939), Berkeley (1932-1949), Collins (1936-1959), Earliblue (1936-1952), Bluetta, Elliott, Nui, Patriot, Spartan, Toro etc… (Cf. figure ci-dessous).

En 1937, l’année où F.Coville décède, George Darrow prend sa succession et continue les recherches pour optimiser les arômes du fruit mais aussi, la rusticité, la résistance florale au gel, le caractère tardif des récoltes en vue d’élargir la géographique des projets d’implantations, et sans oublier grâce à l’hybridation avec des myrtilliers au feuillage persistant (de Floride notamment), la résistance des nouveaux cultivars ainsi obtenus, aux sécheresses et aux chaleurs estivales.

25 ans est généralement le délai moyen entre un semis issu d’hybridation, jusqu’à sa commercialisation pour que se vérifient comme stables après plusieurs générations, les spécificités génétiques respectives des espèces croisées. Cette période tend de nos jours à se raccourcir à 12 ans, voire 10 ans dans le meilleur des cas.

Pour se repérer dans le maquis des classifications botaniques entre   « Genre »,   « Sous-genre », « Espèce », « Variété », il peut être retenu que les dit « myrtilliers » se répartissent dans ce qu’on appelle plus précisément les Half-Highbush Blueberry (HH), Northern Highbush Blueberry (NHB), Southern Highbush Blueberry (SHB). Suite aux travaux d’hybridation, ils contiennent tous, du patrimoine génétique provenant du Vaccinium Corymbosum. (Cf.graphique ci-après)

Parmi les « NH » qui nécessitent plus de 800 - 1000 h de froids pour fleurir, et qui sont ceux majoritairement commercialisés, le patrimoine génétique peut être à 100% celui du V.Corymbosum, comme « Elliott ». Mais la plupart contiennent les gênes, de 2 jusqu’à 4 autres vaccinium en plus du V.Corymbosum

  • V.angustifolium
  • V.darrowii
  • V.virgatum
  • V.tenelum 

Comme « Draper » avec respectivement (84,5%, 6,0%, 1,6%, 1,2%, 0,4%).

Les « HH» sont issus du croisement entre V.Corymbosum et le nordique V.angustifolium originaire du Minnesota ou des provinces maritimes du Québec, que l’on pourrait comparer aux petits buissons des myrtilliers sauvages européens. Ils nécessitent plus de 1000h de froids comme « Northblue » par exemple.

Certains « Southern Highbush Blueberry » comme « Biloxi » qui nécessite seulement 150h de froids pour fleurir est composé à 42% de V.Corymbosum  ou 78% pour « Star » qui possède même 8% du V.augustifolium nordique !

L’exception Rabbiteye  en référence à leurs fruits verts qui ressemble à des petits yeux de lapins est originaire du sud-est des États-Unis (Texas, Arkansas) et se rapproche pour son faible besoin en heures de froids du V.Darrowii de la région de Floride


A la différence de ce dernier, les Rabbiteye ne sont pas croisés avec le V.Corymbosum pour produire des cultivars. Ils seront issus principalement de 4 sélections sauvages appartenant exclusivement au V.Virgatum (synonyme V.Asheï) :

  •  ‘Ethel ’'
  •  ‘Clara
  • Myers
  •  ‘Black Giant‘ '


En revanche une partie de leur patrimoine génétique peut être sélectionné pour composer un NHB ou un SHB. Les Rabbiteye seront un peu plus rustiques que les SHB.

Tout cela pour comprendre que ce qu’on appelle communément les « myrtilliers » (hors Rabbiteye), sont donc pour la très grande majorité d’entre eux, des mélanges de 4 espèces originelles bien différenciées V.Corymbosum ,V.angustifolium, V.darrowii, V.Virgatum.
Mais sur l’étiquetage du plant, il ne sera mentionné que V.Corymbosum
Souhaiter retrouver le patrimoine génétique d’une variété sauvage composant majoritairement ou totalement un cultivar, à part « Rubel » peut-être, est impossible depuis le temps où des longues recherches et travaux d’hybridations ont été développé principalement par les programmes des Universités américaines.

En Europe, ce sont les Pays-Bas en 1923, qui programment la première plantation de myrtilliers et la Pologne en 1924 au sein de la Faculté d’Horticulture, hébergée à l’Université d’Agriculture de Varsovie. Mais seulement en 1959 au Royaume-Uni, années 80 pour la France ou encore, années 90 pour l’Espagne !

C’est donc en Pologne, grâce à son expertise historique, volontiers dispensée par une entreprise spécialisée en myrtilliers et reconnue internationalement, que j’ai pu me voir proposer des jeunes boutures qualitativement certifiées, issues de micro-propagation. Pour information, les programmes de recherches en petits fruits à l’INRA sont stoppés depuis de nombreuses années et par conséquent, sans spécialistes attitrés dans ce domaine, rendant difficile l’approvisionnement de ce type de matériel végétal premier, d’origine française.

Quelles variétés pour quelles zones géographiques ?

Deux cartes de France, tenteront d’illustrer les zones propices à la culture des différentes catégories HH, NHB, Rabitteye, ou SHB.

La première carte présente le nombre de jours de gelées < 5°C. C’est avec cet indice qui au-delà d’une simple carte qui pourrait présenter une température moyenne annuelle, permettra de cerner les zones où la variété « Star » (SHB) que je propose, peut être adapté.
En effet, moins de 8 jours par an de gel < 5°C, implique que ce seuil de température à risque, survient généralement bien avant le début de floraison qui intervient au mois de mars dans un climat de type Biarritz ou un peu plus tardivement dans un climat littoral plus frais.
Pour le pourtour méditerranéen et le micro-climat Parisien, le SHB devra être cultivé en container ou en terre mais seulement en amendant massivement un sol calcique, plus la possibilité de constituer une réserve en eau de pluie.

La seconde carte présente les zones de rusticités (USDA) en France. Elle complète la carte précédente pour confirmer l’emplacement du SHB par exemple, mais aussi l’adaptabilité du HH que je propose avec « Northblue » (zone 3), qui se développera mieux dans les zones les plus rustiques de France.

Un graphique à bulle présentera les heures de froids de quelques villes de Bretagne et de France. Il permettra de vérifier l’adaptabilité d’un type de myrtillier, en fonction du total d’heures de froids annuel de votre lieu. Si celui-ci est en zone intermédiaire entre le SHB et le NHB, la formule (Crossa-Raynaud) élémentaire mais tout de même suffisamment significative (il y en a beaucoup d’autres plus complexe) vous permettra de confirmer ou infirmer votre choix.

Prenons un relevé mensuel moyen de 8°C pour la T°Moy.Max et 2°C pour la T°Moy.Min. Vous soustrayez 7° qui est la valeur seuil considérée comme « heure de froid » au 2° de T°Moy.Min. Cela donne 5° que vous divisez ensuite par la différence entre 8° et 2° soit 6°. Cela donne 0,83. Vous multiplier ce quotient par 24 heures. Cela donne 20 heures de froid. Vous multiplier cette valeur par le nombre de jours du mois en question, par exemple 28 si nous sommes en février. Ce qui donne un total moyen de 560 heures de froid. Et vous pouvez procéder ainsi pour tous les autres mois qui présente une température moyenne minimale inférieure à 7°C, afin d’obtenir le total annuel.


Enfin un dernier tableau présente à titre tout à fait indicatif suivant les différents groupes de Highbush (HH, NHB, SHB), les périodes de maturité des fruits autorisant la cueillette .
Les disparités pourront être importante suivant les micro-climats d’une même zone géographique élargie. Par exemple à l’échelle de l’Ouest de la France, un Rabitteye comme le « Powderblue » peut dans le Val-de-Loire être récolté en Septembre, alors qu’ici à « Sphères de Cultures » le cœur de la récolte se situe début Octobre, pour se finir tout début Novembre.



Conseils pour planter

NATURE DU SOL :

  • Site aéré, suffisamment ventilé, pour assurer la qualité sanitaire du feuillage, des pousses de nouvelles cannes et des fruits en saison
  • pH :  4,5 à 5,5.
  • Bien drainé type limono-sabloneux, avec un taux de matières organiques élevé.
  • Dans le cas d’une plantation de plusieurs arbustes, regroupez les pour justifier et bien réussir les travaux de sols (ameublissement, décompactage), considérant la longue durée de vie du plant qui est de 40 et 50 ans.
  • Trou de plantation au minimum de 20 litres ( Ø 30 cm, profondeur 30 cm) en rapport au Ø 15 cm du plant « Myrtilles des Montagnes Noires ». Si vous avez des doutes sur la bonne adaptabilité de votre sol, vous pourrez remplacer 50 % de ce volume ameubli de 20 litres par 10 litres de terre de bruyère, mais qui imposera des arrosages un peu plus fidèles la première année car la densité de la terre de bruyère étant trois fois plus faible que la terre, elle retient d’autant moins bien l’eau disponible, même si elle a au départ une bonne capacité d’adsorption (et non absorption).
  • Si vous ne pouvez-pas planter au printemps, ne pas le faire en été et attendre l’automne.
  • Si pH du sol est de 6,5 (1 point au-dessus de 5,5) en sol Limono-Argilo-Sableux (LAS) ou Limon-Sableux-Argileux (LSA) par exemple, surfacez 3 à 4 semaines avant la plantation avec 120 à 130 ml (± 100 g) de soufre par m² (disponible en jardinerie) à renouveler au tiers de cette dose tous les 1 à 2 ans.
  • Si pH du sol est de 6,0 (½ point au-dessus de 5,5) la moitié de la dose sera suffisante.
  • Si pH du sol est à 5,5 voire en-dessous, il sera suffisant de pailler régulièrement avec de la sciure de résineux provenant de scieries, ou le cas échéant, de pailler avec de l’écorce de résineux du commerce (environ 10 cm d’épaisseur). Dans le cas d’un bon paillage épais à faible biodégrabilité comme les écorces de résineux à gros calibre, n’oubliez pas un bon apport annuel en purin d’ortie pour éviter ce qu’on appelle une « faim d’azote » pour le plant (20gr/m² annuel minimum). En effet il pourra être privé de sa capacité à capter l’azote du sol, car les bactéries le rendant habituellement disponible pour les racines du plant, travailleront plutôt à dégrader les écorces de pins, que de libérer l’azote du sol pour le plant.
  • Si vous êtes en zone pavillonnaire, éviter une plantation proche d’un mur de maison aux peintures calcaires qui lessivées par les pluies, pourront nuire au myrtillier et surtout aux endroits du terrain qui à votre connaissance hébergeraient des remblais de plâtre par exemple. Et si possible, ne pas planter le futur buisson plein sud qui recevrait trop de chaleur avec le rayonnement des murs, mais plutôt Nord-Est/ Est / Sud-Est.


FERTILISATION :

Azote : 20 grammes maximum par an et par . Du type de fertilisant que vous souhaiterez apporter (purin d’ortie, granulés biologiques, compost personnel…) il pourra être difficile de connaître la proportion d’azote des purins d’orties industriels ce qui me semble tout à fait incroyable, sauf pour des granulés dont le détail des proportions en minéraux est généralement délivré. Ne pas avoir la main trop lourde sur l’azote qui en excès sera nuisible jusqu’à pourvoir tuer le plant. Si la première année vous ne fertilisez pas, ce ne sera pas un problème car le plant cherchera d’abord à s’installer, mais ne pas l’oublier l’année qui suit. Ne pas apporter de fertilisant dès que les derniers fruits sont cueillis, sinon cela retardera l’aoutage.

NATURE DU SUBSTRAT SI CULTURE EN CONTAINER :

Terre de bruyère. Si possible, la mélanger avec du sable (10%, pas de sable de Loire) et de la sciure de résineux (10%) pour potentialiser l’acidité et le drainage du substrat. Si possible conserver l’usage d’un pot anti-chignon qui assurera aux fines racines du myrtillier l’absence de formation d’un chignon qui compromettrait la bonne oxygénation du fonds racinaire, très sensible à la pourriture. Contre cet effet, potentialisez le drainage avec une couche de 3-4 cm de gravier à béton, certes plus lourd que les billes d’argiles mais de nature acide et plus économique :

  • Granites :  couleur jaune, rose, gris, vert
  • Basaltes : noir ou bleu-noir
  • Grès : gris, rouge, beige
  • Diorites : Bleu ou rose
  • Quartzites : rose, gris, blanc


Même préconisation pour la fertilisation qu’en plein sol, mais assurez dès la seconde année un apport en azote, car le lessivage des oligo et macro-éléments est important en container.

Rempotez le plant « Myrtilles des Montagnes Noires » de 1,3 Litre :

  • 1ère année : dans le triple de son volume au minimum, soit 4 litres voire 5 litres.
  • 2ème année : vous pourrez vous contenter de doubler le volume, soit 10 litres.
  • 3ème année : doublez le volume, soit 20 litres.
  • 4ème année : pour son domicile définitif, l’idéal sera de le rempoter dans un container anti-chignon de 50 litres, sinon 40 litres.

 

POLLINISATION :

Même si la plupart des NHB sont auto-fertiles, il sera idéal de planter plusieurs variétés proches les unes des autres (1 mètre X 2-3 mètres) afin qu’une pollinisation croisée génère de plus gros fruits. La durée de floraison pour chaque variété est généralement suffisamment longue pour que même décalées les unes des autres dans le temps, elle autorise cette pollinisation croisée. De plus cela allongera votre période de récolte.


Sources et références

Liste non exhaustive d'institutions où j'ai pu consulter des ressources bibliographiques, ou obtenir des réponses précises directement auprès de chercheurs.

 

  • United States Department of Agriculture - Agricultural Research Service                   (USDA-ARS), (USA) 
  • National Plant Germplasm System (NGPS) (USDA-ARS), (USA) 
  • University of Arkansas System Division of Agriculture, Fayetteville, Arkansas, (USA) 
  • State University Department Horticultural sciences, Gainsville, Floride, (USA) 
  • Genetic Improvement of Fruits and Vegetables Laboratory, Beltsville, Maryland, (USA) 
  • State University Department of Fruit Science, Missouri, (USA) 
  • State University Department of Horticulture ,Michigan, (USA) 
  • Genetic Improvement of Fruits and Vegetables Laboratory, Chatsworth, New Jersey, (USA) 
  • State University Department Horticultural Crops Research Unit, Corvallis, Oregon, (USA) 
  • State University Department of Horticulture , Puyallup, Washington, (USA) 
  • Université d'agriculture de Lettonie, Jelgava, (Lettonie) 
  • Institut d’agriculture et des sciences environnementales, Université de Tartu, (Estonie) 
  • University of Life Sciences, Lublin, (Pologne) 
  • « Area of Horticultural and Forest Crops » du « Servicio Regional de Investigación y Desarrollo Agroalimentario » (SERIDA), Asturies, (Espagne) 
  • Kevin Clayton-Greene, Independant researcher and Technical manager Harvest Moon, (Australie) 
  • Ecole d’Agronomie Université de Talca, (Chili) 
  • Institut de Recherche en Horticulture et Semences, Université d’Angers, (France) 
  • Section Légumes et Maraîchage à l'Institut de l'agriculture et de l'alimentation biologiques (ITAB), (France) 
  • Groupement National Interprofessionnel des Semences et plants (GNIS), (France) 
  • CNRS, Laboratoire ThéMA, Université de Franche-Comté, Besançon (France) 
  • INRAE (l'Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement), (France)